Pourquoi j’ai quitté la vie “normale”

J’ai toujours eu l’impression d’être à côté du système
Pendant longtemps, j’ai sincèrement cru que je vivais autrement.
Après tout, ma vie n’a jamais ressemblé à ce qu’on considère normalement comme une vie stable, linéaire ou prévisible. Je n’ai jamais réussi à entrer complètement dans le fameux modèle métro-boulot-dodo, dans cette espèce de routine répétitive où les semaines finissent par se ressembler au point où l’on ne sait même plus vraiment pourquoi on continue à courir autant.
Quand la routine commence à éteindre quelque chose en nous
Chaque fois que j’essayais de m’adapter à cette structure-là, quelque chose en moi s’éteignait tranquillement, comme si une partie de mon être refusait profondément de s’endormir pour devenir simplement fonctionnelle.
Alors j’ai toujours bougé.
J’ai déménagé presque 70 fois dans ma vie. J’ai étudié dans toutes sortes de domaines, travaillé dans des univers complètement différents les uns des autres, traversé des périodes d’intensité incroyable puis d’autres où je repartais encore à zéro, incapable de continuer à faire semblant que certaines vies me correspondaient alors qu’intérieurement je me sentais mourir à petit feu.
Pendant longtemps, j’ai cru que cette manière de vivre faisait automatiquement de moi quelqu’un de libre.
On peut vivre différemment… sans vivre autrement pour vrai
Je pensais que vivre autrement signifiait simplement avoir une vie atypique, changer souvent de direction, refuser certains cadres, recommencer quand quelque chose ne vibrait plus avec moi, chercher ailleurs, toujours plus loin, toujours autrement.
Pourtant, aujourd’hui, à 57 ans, après avoir quitté notre maison pour vivre sur la route avec mon conjoint Yves dans une minuscule roulotte de 10 pieds par 6 pieds qu’on a appelée Gaïa, je commence à comprendre que vivre différemment et vivre autrement pour vrai… ce n’est pas exactement la même chose.
Les mécanismes invisibles qu’on transporte avec nous
Parce qu’on peut avoir une vie complètement marginale, artistique ou hors norme tout en restant intérieurement attaché aux mêmes mécanismes que tout le monde, à cette recherche constante d’identité, de reconnaissance, de sécurité, à cette impression qu’il faut devenir quelqu’un, construire quelque chose, appartenir à un monde précis pour enfin avoir le sentiment d’exister pleinement.
Et je pense que pendant longtemps, même si extérieurement ma vie ne ressemblait pas à celle des autres, intérieurement je continuais malgré tout à tourner autour de plusieurs de ces mécanismes-là.
Le moment où nous avons tout quitté
Puis un jour, nous avons atteint un point de non-retour.
Nous avons quitté notre maison, vendu, donné, jeté pratiquement tout ce que nous possédions, puis nous sommes partis sur la route avec presque rien.
Quitter une maison… ou quitter une ancienne manière de vivre
Non pas dans une logique de fuite ou de rejet du monde, mais plutôt parce qu’à un certain moment, continuer à vivre exactement de la même manière nous est devenu intérieurement impossible. Il y avait quelque chose de plus profond qui appelait, quelque chose que ni le confort, ni les habitudes, ni les structures habituelles ne réussissaient encore à nourrir.
Et depuis cinq mois, il se passe quelque chose de très difficile à expliquer avec des mots simples.
Plus notre vie extérieure s’est simplifiée, plus j’ai eu l’impression de retrouver une forme d’espace intérieur que je n’arrivais jamais à ressentir auparavant.
Le prix réel du confort moderne
Avant, simplement maintenir notre mode de vie nous coûtait des milliers de dollars chaque mois entre la maison, les paiements, les comptes, les dettes, les voitures, les obligations, les assurances, toutes ces structures qu’on finit tranquillement par considérer comme normales au point de ne même plus les questionner.
Aujourd’hui, notre vie coûte une fraction de ce qu’elle coûtait auparavant, et cette réalité-là m’a forcée à regarder quelque chose que je ne voyais pas clairement avant : à quel point une grande partie de notre énergie sert souvent uniquement à maintenir des structures qui nous éloignent progressivement de nous-mêmes.
Quand simplifier sa vie devient une forme de libertée
Et pourtant, contrairement à ce qu’on pourrait croire, je ne ressens pas du tout cette vie comme un sacrifice.
Oui, il faut accepter de sortir du confort nord-américain, accepter de ne plus vivre dans la même sécurité artificielle, accepter que tout ne soit pas parfaitement contrôlé, parfaitement stable ou parfaitement prévisible. Mais en échange, quelque chose d’autre réapparaît tranquillement : une présence réelle à la vie, une sensation d’être profondément vivant, d’habiter ses journées au lieu de simplement les traverser mécaniquement.
Depuis cinq mois, il n’y a pas une journée qui se ressemble complètement. Chaque endroit nous oblige à nous adapter, à observer, à comprendre, à être présents à ce qui est là au lieu de fonctionner constamment sur le pilote automatique.
Et plus les mois passent, plus je réalise que ce que je cherchais depuis toujours n’était peut-être pas simplement une vie différente, mais une manière différente d’être dans ce monde.
Vivre autrement pour vrai
Aujourd’hui, je comprends que vivre autrement pour vrai ne consiste pas uniquement à changer de décor ou à avoir une vie originale. Je pense que cela demande aussi un immense détachement, une capacité à lâcher beaucoup d’illusions auxquelles nous nous accrochons sans même nous en rendre compte, simplement parce qu’elles sont valorisées partout autour de nous depuis toujours.
Et honnêtement, malgré la petitesse de notre roulotte, malgré l’absence de plusieurs conforts auxquels nous étions habitués autrefois, malgré le fait que cette vie exige énormément de présence et d’adaptation… je pense que ça fait longtemps que je ne me suis pas sentie aussi vivante.
🎙️ Cet article accompagne le premier épisode du podcast Vivre autrement, dans lequel je raconte comment Yves et moi en sommes arrivés à quitter notre ancienne vie pour partir sur la route avec Gaïa.
Épisode 1 : Vivre autrement pour vrai