Pourquoi prendre la décision de tout quitter ?

Le processus avant l’action.
Lorsque les gens nous demandent pourquoi nous avons décidé de tout quitter pour partir vivre sur la route, ils imaginent souvent qu’il y a eu un événement précis, une journée particulière où nous nous sommes regardés dans les yeux en disant :
« Ça y est, on vend tout et on part. »
Mais la vérité est tout autre.
Aucune transformation importante ne commence réellement au moment où elle devient visible.
Une décision comme celle-là est le résultat d’une longue succession d’événements, de réflexions, de prises de conscience, de petites bifurcations qui, mises bout à bout, finissent par changer complètement la direction d’une vie.
Pour comprendre comment Yves et moi en sommes arrivés à vivre aujourd’hui dans une petite roulotte appelée Gaïa, il faut revenir quelques années en arrière.
À une époque où nous n’avions absolument aucune intention de partir.
Quand la vie ferme une porte sans demander la permission
Le 11 avril 2021, cela faisait dix ans que nous habitions le même appartement à Sainte-Thérèse.
Dix ans.
Pour quelqu’un qui a déménagé près de soixante-dix fois dans sa vie, c’était pratiquement un record.
Nous étions bien, vraiment bien.
Nous entretenions une excellente relation avec les propriétaires qui habitaient au premier étage. Nous nous occupions du potager, du gazon, du déneigement l’hiver. Avec les années, j’avais transformé l’appartement à mon image.
J’avais aménagé un bureau dans le garage. J’avais construit une immense terrasse sur le toit de près de vingt pieds par vingt et un pieds.
Les pièces étaient baignées de lumière grâce à d’immenses fenêtres qui donnaient à cet endroit une atmosphère unique.
Nous étions chez nous.
Puis un jour, la propriétaire nous a annoncé qu’elle reprenait le logement pour permettre à son fils d’y habiter.
Je ne m’y attendais vraiment pas. J’ai été choquée, en colère. Sur le coup, je ne comprenais pas ce qui nous arrivait parce que lorsque quelque chose fonctionne bien, on finit toujours par croire que cela va durer encore un peu.
Puis j’ai ouvert mon ordinateur et là, le véritable choc est arrivé.
Lorsque le marché vous rappelle que le monde a changé
Pendant dix ans, notre loyer était demeuré le même. Nous ne nous étions pas rendu compte à quel point le marché immobilier avait changé.
En regardant les prix des logements disponibles, j’ai compris instantanément que nous ne retrouverions jamais ce que nous avions. Du moins, pas au même prix, pas avec les mêmes avantages…pas avec la même qualité de vie.
J’ai refermé mon ordinateur.
Et presque immédiatement, quelque chose s’est calmé en moi. Depuis longtemps déjà, j’ai cessé de croire que les événements arrivent contre nous.
Je suis profondément convaincue que tout ce qui se présente sur notre chemin porte une opportunité que nous ne sommes pas toujours capables de voir immédiatement. Alors je me suis simplement dit :
« Il va se passer quelque chose. »
Je ne savais pas quoi ni comment mais je savais que quelque chose de positif allait se produire.
Quand l’improbable devient réalité
Quelques jours plus tard, mon partenaire de Taekwondo me propose quelque chose.
À cette époque, avec tous les bouleversements liés à la pandémie, il était devenu courtier immobilier. Il m’explique qu’une de ses amies cherche à acheter un condo comme investissement pour quelques années avant de la revendre. Et il lui a proposé une idée complètement inattendue:
- Il lui a proposé d’acheter une maison plutot qu’un condo car c’est plus avantageux financièrement.
- Avoir des gens fiables qui habiteraient la maison, qui prendraient soin de la propriété et paieraient un loyer raisonnable pendant cette période.
Ces gens-là, c’était nous.
Aujourd’hui encore, lorsque je raconte cette histoire, je souris parce que nous avons littéralement choisi la maison, comme si nous étions les acheteurs. Nous avons visité plusieurs propriétés, regardé les quartiers et évalué ce qui nous conviendrait.
Nous avons donc trouvé exactement ce que nous voulions.
Une maison qui avait tout
Cette maison était probablement l’endroit le plus agréable où j’ai vécu. Elle possédait tout ce que nous avions toujours recherché:
- Un foyer.
- Un toit cathédrale.
- Une salle d’entraînement.
- Un espace de méditation.
- Un atelier.
- Un cabanon.
- Du rangement.
- Une cour.
- Une piscine pour Yves.
- Un jardin.
- Des arbres.
La tranquillité.
Nous étions dans un cul-de-sac paisible où le temps semblait ralentir. Et ce qui est fascinant avec le recul, c’est que cette maison est arrivée exactement au moment où nous en avions besoin.
Nous étions en pleine période de pandémie. Le monde entier semblait se contracter. Et pendant ce temps-là, nous avions l’espace nécessaire pour respirer, pour nous recentrer, pour nous développer, pour vivre pleinement cette période particulière.
Pendant quatre ans, nous avons eu accès à une qualité de vie que nous n’aurions probablement jamais pu nous offrir autrement.
Aujourd’hui encore, je ressens énormément de gratitude envers mon partenaire de Taekwondo qui nous a ouvert cette ligne de vie parce que sans lui, la suite de l’histoire n’aurait probablement jamais existé.
Quand le rêve devient trop petit
Quatre ans plus tard, la maison est mise en vente, exactement comme prévu dès le départ.
Cette fois-ci, je n’ai pas été surprise. Mais quelque chose avait changé.
Après avoir vécu dans un endroit qui répondait à tous nos besoins, je ne me voyais plus retourner dans un logement traditionnel, remettre ma vie dans des boîtes et recommencer exactement le même cycle:
- Trouver un logement.
- Déménager.
- Réinstaller.
- S’adapter.
- Repartir.
Encore et encore.
Pour la première fois, je ne cherchais pas un nouvel endroit où vivre. Je cherchais une nouvelle façon de vivre.
La nuance est immense.
Identifier la boucle
C’est à ce moment-là que j’ai commencé à me poser une question beaucoup plus importante.
Pourquoi avons-nous l’impression de recommencer constamment les mêmes histoires sous des formes différentes ?
Pourquoi tournons-nous en rond ?
Pourquoi certaines mécaniques reviennent-elles toujours ?
Je ne voulais plus simplement changer de décor. Je voulais comprendre ce qui nous maintenait dans la répétition. Ce qui nous obligeait à repartir encore et encore du même point. Je voulais découvrir ce qui nous retenait réellement.
Et lorsque j’ai commencé à voir plus clair, j’ai compris quelque chose de fondamental.
La plupart du temps, nous essayons de résoudre les conséquences sans jamais remettre en question la structure qui les produit.
Quand j’ai enfin vu ce qui nous retenait
Pendant longtemps, je croyais que notre problème était un problème d’argent. Je pensais que si nous gagnions davantage, tout finirait par se replacer naturellement. Et pendant des années, nous avons essayé. Nous avons travaillé davantage, cherché de nouvelles idées, lancé de nouveaux projets, tenté constamment d’augmenter nos revenus.
Mais malgré tous nos efforts, nous revenions toujours au même endroit. Comme si nous avancions dans une roue qui tournait sans jamais réellement nous faire progresser.
Et c’est là que j’ai compris que le problème n’était peut-être pas le manque d’argent. Le problème était peut-être la structure entière qui exigeait constamment davantage d’argent simplement pour continuer à exister.
Plus nous accumulions de responsabilités, plus il fallait travailler. Plus nous travaillions, plus nous avions besoin de structures pour soutenir cette vie.
- La maison.
- Les paiements.
- Les assurances.
- Les obligations.
- Les véhicules.
- Les cartes de crédit.
- Les imprévus.
- Les dépenses d’entreprise
Et tranquillement, sans même nous en rendre compte, une grande partie de notre énergie servait simplement à maintenir l’ensemble.
Je ne voulais plus seulement améliorer notre situation à l’intérieur de cette mécanique. Je voulais comprendre s’il était possible de sortir de la mécanique elle-même.
C’est à partir de ce moment-là que mes recherches ont pris une direction complètement différente.
Lorsque la peur cesse de décider
Puis un jour, je découvre le homesitting. Et immédiatement, quelque chose s’allume. Je présente l’idée à Yves:
- Voyager.
- Habiter différents endroits.
- Découvrir de nouveaux environnements.
- Sortir enfin du modèle traditionnel.
Depuis vingt ans, nous travaillions énormément. Et malgré tous nos efforts, nous n’avions réussi à nous offrir qu’un seul vrai voyage : trois semaines en France.
C’est tout.
Alors l’idée d’habiter le monde plutôt que simplement le visiter est devenue extrêmement séduisante. Mais une question demeurait.
Où allions-nous vivre entre deux mandats ?
La première apparition de Gaïa
C’est alors qu’au fil de mes recherches, je suis tombée sur une petite roulotte: dix pieds par six pieds…minuscule.
Ridiculement petite.
Et pourtant, dès que je l’ai vue, quelque chose est devenu évident. Cette roulotte allait devenir Gaïa, notre maison, notre base, notre refuge. Et pour la première fois de ma vie, je possédais un lieu qui m’appartenait réellement.
Un lieu que personne ne pouvait me reprendre. Un lieu dont personne ne pouvait décider qu’il fallait le quitter. Cette sensation-là a été beaucoup plus forte que je l’aurais imaginé.
L’art de tout laisser partir
Bien sûr, acheter une roulotte de dix pieds par six pieds ne règle pas grand-chose. Au contraire, cela crée un problème gigantesque. Comment faire entrer une maison complète dans un espace aussi petit ?
La réponse est simple…on ne le fait pas.
- On choisit.
- On trie.
- On donne.
- On vend.
- On jette.
- On remercie.
- On devient nomade
Et surtout, on apprend à lâcher prise.
Sans le savoir encore, nous étions en train de vivre bien davantage qu’un déménagement. Nous étions en train de remettre en question tout ce que nous pensions nécessaire à notre bonheur. Chaque objet qui quittait la maison soulevait la même question :
« En avons-nous réellement besoin ou avons-nous simplement appris à croire que nous en avions besoin ? »
Et c’est probablement là que notre véritable voyage a commencé. Pas le jour où nous avons quitté la maison, pas le jour où nous avons acheté Gaïa mais le jour où nous avons commencé à regarder autrement tout ce que nous pensions indispensable.